Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 11:32

Quotidien. L’accès difficile dans cette localité de l’arrondissement de Douala 6ème et les problèmes infrastructurels constituent un véritable calvaire pour les habitants.    

new-1039.JPGLa météo est capricieuse ce samedi matin du mois de juillet. Les fines gouttes de pluie qui arrosent le fleuve Wouri depuis les premières heures de la journée ne sont pas prêtes de s’estomper. Mais les propos du commandant du Bataillon d’intervention rapide (Bir) sont plutôt rassurants. « Vos gilets de sauvetage sont sécurisés. Le corridor aussi est sécurisé. Mais comme on n’est jamais sûr à 100%, si jamais vous tombez à l’eau utilisez votre sifflet. On vous repêchera. En cas d’attaque, nos éléments sont parés pour riposter », indique –t-il. Embarquement à bord du Defender à 9 heures. La chaloupe à moteur de l’armée camerounaise s’éloigne peu à peu de la base navale de Douala. Le cap est mis sur Manoka, dans l’arrondissement de Douala 6ème.

En-route-pour-Manoka--a-bord-du-Defender-jpgDeux militaires du Bir montent la garde à bord. Ils sont postés près des mitraillettes. Il y a de l’eau à perte de vue. La mangrove est aperçue au loin. Le Defender défie les vagues. Clémentine, une passagère, a plongé une main dans le fleuve. « Je veux respirer l’air de la mer », crie –t-elle, tout sourire. Le capitaine aux commandes jette un coup d’œil de temps à autre sur son tableau de bord. On peut y lire la vitesse, la profondeur des eaux, la position Gps et l’itinéraire à suivre. Au bout de douze minutes, le tableau pointe la profondeur des eaux à 8,7 mètres alors que le Defender a atteint les 51km/h. On passe la bouée 25. « Il y a au total trente bouées qui matérialisent l’entrée au Port de Douala. Celles en vert comportent des chiffres pairs. Celles en rouge ont des chiffres impairs », renseigne le capitaine. Le Defender croise quelques pêcheurs à bord de pirogues. Et au bout de 43 minutes de traversée, Manoka (centre administratif) s’offre à nous.   

Une-vue-des-maisons-de-Manoka--Centre-administratif--jpgLe Defender accoste. Sorti de la base du Bir de Manoka, il faut se déplacer sur des pneus de camions soigneusement disposés pour éviter de plonger les pieds dans la boue. Les premières maisons qui poussent ici sont construites en matériaux provisoires. Quelques comptoirs de fortune achalandés sont établis à la devanture de quelques bâtisses. Non loin de la case du chef de famille des ressortissants du Grand Nord, le visiteur aperçoit une installation de panneaux solaires. Au bout de 50 mètres de marche sur la piste principale, les bâtisses ne sont plus visibles. La mangrove s’étend maintenant sur de grandes superficies, de part et d’autre

de la voie. Le bruit du ruissellement des eaux et le sifflement des oiseaux rythment les pas. Des coups de marteau retentissent dans les bois et rompent l’harmonie. « Un homme est entrain de confectionner sa pirogue », renseigne un riverain.

 

La-place-des-fete-de-Manoka--deserte.-copie-1.jpgLa place des fêtes située au lieu-dit Manoka Plateau est déserte. A la brigade construite tout près, un gendarme de garde se tourne les pouces. « Manoka est un coin mort. Il n’y a pas de lumière. Pas d’eau potable. On utilise encore les lampes tempêtes. Je suis de garde aujourd’hui. Mes compagnons sont des oiseaux. C’est en période de classe que les élèves font un peu de bruit lorsqu’ils traversent le chemin pour aller à l’école », se désole l’homme en tenue. En effet, le coin est silencieux. Pas de bruit de moteur de voiture ou de moto. D’ailleurs, il y a juste deux tricycles à Manoka. L’un des véhicules à trois roues utilisés pour transporter les marchandises du rivage vers l’intérieur du « village » appartient à la commune d’arrondissement. Quelques poteaux à panneaux solaires sont plantés par endroits pour éclairer la grande route. Mais les maisons de Manoka baignent dans le noir. Les habitants les plus nantis se sont dotés d’un groupe électrogène. « La mairie a un grand groupe électrogène qui est mis en marche seulement lors des cérémonies officielles », indique un riverain.

 

Le-chantier-de-construction-du-dortoir-des-enseignants-du-l.jpgDeux kilomètres plus loin, le lycée bilingue de Manoka nous accueille. Les élèves sont en congés. Ledit lycée souffre d’un manque d’enseignants, apprend-on. Ceux affectés à Manoka renoncent à s’y rendre. Les élèves affirment que les instituteurs présents sont alors obligés de dispenser plusieurs matières ou d’occuper les élèves des classes qu’ils ne tiennent pas. Il y a en outre un problème de logement du corps enseignant. « Les sept enseignants du lycée dorment dans deux chambres, non loin de la sous-préfecture », relève Pierre Ebanda Makonguè, un habitant de Manoka. Le proviseur du lycée a dû affecter une partie de son domicile à la création de la classe de Terminale. Il y a quelques jours, dans le cadre du programme « 21 Days Of Yello Care », les employés de la société de téléphonie mobile Mtn Cameroon ont offert un dortoir pour les enseignants du lycée bilingue. Les bâtiments sont subdivisés en dix chambres. Une initiative qui, selon les donateurs, vise à encourager les enseignants à ne plus déserter l’établissement scolaire.  

La torche utilisée lors des accouchements

Deux dames allongées sur des bancs en béton discutent à haute voix à l’hôpital de Manoka. Elles s’expriment en Pidgin, un anglais argotique. Elles attendent d’être reçues par l’infirmier de garde. La plus jeune dame dit souffrir de paludisme. Selon Cyrille Edmond Lontsie, l’infirmier en poste, le paludisme est justement le cas de maladie le plus détecté lors des consultations à Manoka (Centre administratif). Les registres de l’hôpital révèlent que sur 100 malades consultés, il y a en moyenne 70  cas de paludisme. Il y a aussi des cas de gastro anthérique qui se manifestent par les diarrhées, les vomissements. L’infirmier de garde note que la malnutrition dans l’île est à l’origine des maladies chez 60% des enfants âgés de 0 à 5 ans à Manoka. Sur cent consultations par mois, en moyenne 35 malades de Vih/Sida sont dépistés, selon les statistiques de l’hôpital.

Des-maisons-de-Manoka-entourees-de-marecages-jpgL’hôpital est ravitaillé en médicaments par le Centre d’approvisionnement en produits pharmaceutiques régional (Cappr), qui approvisionne seulement en médicaments essentiels. Il n’y a pas de pharmacie à Manoka. En cas de transfert urgent de malade, le Bir apporte souvent son aide à la formation sanitaire, apprend-on. Les sept employés de l’hôpital sont chargés de gérer 37 000 sujets de l’aire de santé de Manoka (constituée de plus de 40 campements), dont 7115 à Manoka Centre administratif. Le seul médecin ici présent est à la fois directeur de l’hôpital et chef de district. Le laboratoire de l’hôpital n’est fonctionnel que depuis le mois d’avril. Le travail n’y est pas aisé pour autant. Des accouchements et des opérations se pratiquent à la lumière de la lampe torche. « On a un groupe, mais il consomme 35 000 F. Cfa de carburant en 16h. On active le groupe seulement lors des opérations chirurgicales. Quand le groupe nous lâche, la torche prend le relais », confie Cyrille Edmond Lontsie. Il relève en outre que les portes de l’hôpital restent souvent fermées pendant des jours, lors des campagnes de vaccinations dans les différents campements de l’île de Manoka, où la pêche constitue la principale activité génératrice de revenus.

Le poisson fait vivre

Des-pecheurs-accostent-leur-pirogue-sur-l-ile-de-Manoka.jpg « C’est le poisson qui nous fait vivre ici. Hormis du poisson, il n’y a rien. Aucune société dans les parages, donc pas d’emplois». Josué Biyongo que nous rencontrons sur la plage ce samedi au quartier Kalabar Quater, non loin de la base du Bir, apprête ses filets. Ce natif de Manoka, âgé de 58 ans, pratique l’activité de pêche depuis l’âge de 12 ans. Il a appris le métier auprès d’ainés nigérians, après six ans de formation en dépannage de moteur de pirogues Hors-bord à Cap Cameroun (un des campements de Manoka). Le quinquagénaire indique qu’il y a plus de 100 pêcheurs à Manoka-Centre administratif.

La pêche au filet est la pratique la plus courante. Les pêcheurs gagnent le fleuve selon le mouvement de la montée des eaux. Deux à trois personnes par pirogue, ils quittent le rivage en soirée. Ils reviennent dans la nuit ou au petit matin, avec différents types de poissons dans les barques. On y retrouve des capitaines, des bars, des carpes, des machoirons et des bossus. « Lorsque la pêche est bonne, nous pouvons retourner sur le rivage avec 40 poissons. Pour 30 gros poissons vendus, on peut s’en tirer avec environ 300 000 F. Cfa de recette », affirme Josué Biyondo. Le fruit de la pêche est vendu à Manoka et à Youpwé, un quartier de l’arrondissement de Douala 1er. Les plus jeunes de Manoka trouvent également leur compte dans l’activité de pêche. Ils sont sollicités pour décharger le contenu des pirogues, contre rémunération.

Des-pecheurs-de-l-ile-de-Manoka-appretent-les-filets-jpgIl est bientôt 15 h. La pluie arrose l’île. Les eaux du fleuve Wouri  débordent et gagnent progressivement la terre ferme. « C’est la marée sauvage », renseigne un habitant de Manoka. Il nous apprend que l’histoire raconte que l’île, qui s’appelait Malendè à l’époque, a été découverte par des religieux allemands qui s’y étaient installés. Lors du décès de la « sœur » Monika, sa dépouille a été inhumée non loin de l’actuel emplacement de la brigade. En sa mémoire, les religieux ont baptisé l’île au nom de ‘’Monika’’. « Après le départ des Allemands, les populations ont transformé le nom de l’île en Manoka », relate Josué Biyondo. Aujourd’hui, le coin est peuplé par les ethnies Bakoko, Malimba, Ewondo, des ressortissants du grand Nord et des Nigérians. Autre vestige colonial à Manoka, la prison de Douala Manga Bell. Le vieil édifice trône à l’une des rives de l’île. Les résistants à la pénétration européenne y étaient enfermés, apprend-on.

 

La-prison-des-resistants-a-Manoka.jpgMais l’accès à Manoka demeure la principale difficulté qui coupe cette localité des autres arrondissements de la capitale économique. On y accède par voie maritime. Une grande pirogue Hors bord fait des navettes journalières entre Manoka et Youpwé. La barque peut recevoir jusqu’à 80 passagers. Elle quitte l’île entre 8h30 et 9h en journée. Le départ en soirée est prévu entre 17h30 et 18h, selon la météo. Le voyage dure deux heures. Chaque passager doit débourser la somme de 1000 F. Cfa. Les habitants de Manoka effectuent régulièrement cette traversée pour se ravitailler en vivres au marché de Youpwé ou dans les autres marchés des arrondissements de Douala 1er, 2ème, 3ème 4ème ou 5ème. 

Mathias Mouendé Ngamo, de retour de Manoka

Par Mathias Mouendé Ngamo
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Mardi 5 août 2014 2 05 /08 /Août /2014 10:48

Médias. Ils accusent la société de distribution de ne pas respecter le contrat qui les lie et d’entretenir le flou dans les rapports de vente. 

 

Douala--25-juillet-2014.-Les-editeurs-de-presse-en-reunio.jpgSelon une étude menée par la Fédération des éditeurs de presse du Cameroun (Fedipresse), 60% des points de vente des journaux sont inactifs à Douala.  44% le sont à Yaoundé. Les membres de la Fedipresse constatent qu’en dehors de ces deux grandes métropoles, les journaux ne sont pas visibles dans les autres villes du Cameroun. Les localités comme Bafia, Bokito, Ombessa, Ndiki, Monatélé et Obala, situées dans la région du Centre, à quelques kilomètres seulement de Yaoundé, ne sont pas couvertes par Messapresse, l’entreprise qui détient le monopole de la distribution des journaux. Toute chose qui n’est pas sans incidence sur les chiffres de vente des entreprises de presse. En réunion de crise à Douala le 25 juillet 2014, les éditeurs de presse ont exprimé leur mécontentement.

Les patrons de presse accusent Messapresse de ne pas remplir pleinement ses missions. Ils soutiennent que selon l’article 17 du contrat qui les lie, le journal doit être distribué sur l’étendue de la République. « Messapresse n’a pas à l’esprit de revoir sa politique de distribution », déplore Michel Michaud Moussala, vice-président de la Fedipresse et directeur de publication (Dp) du journal Aurore Plus. Il rappelle qu’il y a 20 ans, Messapresse desservait tout le pays. L’entreprise avait une logistique constituée de huit cars Hiaces. Les organes de presse qui tiraient à l’époque près de 30 000 exemplaires réalisaient alors 67% de taux de vente. « Messapresse n’a plus qu’une seule Hiace et fait livrer les journaux par la société Esico », indique le Dp de Aurore Plus.

Les éditeurs militent aussi pour une transparence dans le compte rendu de distributions. Ils relèvent que ce document est établi de manière unilatérale par Messapresse et déplorent le flou dans la gestion des invendus. A Douala vendredi, les patrons de presse ont pris un ensemble de mesures pour rappeler à Messapresse ses missions et voir dans quelle mesure mettre sur pied des structures parallèles de distribution des journaux. Ils notent qu’ils y seront peut-être contraints. « D’après nos informations, Messapresse est entrain de se séparer de la partie distribution. Nous allons voir si nous ne devons pas l’attaquer en justice puisqu’il n’a pas respecté le contrat», déclare Séverin Tchounkeu, Dp du quotidien La Nouvelle expression. Il renseigne en outre, que d’après les imprimeurs, le prix du papier journal pourrait subir une hausse de 49% applicable dès cette semaine, dont 30% des frais de Douanes et 19% de Tva. Si tel est le cas, le prix du journal pourrait passer de 400 à 600 F. Cfa.  

Mathias Mouendé Ngamo

 

Réaction

Haman-Mana--president-de-la-Fedipresse-jpg« On a atteint l’insupportable »

Haman Mana, président de la Fédération des éditeurs de presse du Cameroun (Fedipresse).

Nous sommes dans une relation à trois dans laquelle il y a deux parties qui sont inconfortables. Messapresse ne fait pas de transparence dans le compte rendu de distribution. La vérification est impossible et l’interlocuteur ne vous donne aucune explication. La distribution n’est pas faite de manière que celui qui a envie d’un journal le retrouve où il doit être. Il n’y a aucune force de vente qui est déployée. C’est pour cela que les éditeurs de presse se sont mis ensemble pour parler de tous ces problèmes. Il y a des alternatives. Nous sommes entrain d’y réfléchir. Ce n’est pas la première fois que Messapresse est interpellée. Mais en ce moment, soit nous le faisons, soit nous mourons. Nos entreprises de presse ont atteint l’insupportable.  

Propos recueillis par M.M.N.

Par Mathias Mouendé Ngamo - Communauté : Afrique debout
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Mardi 5 août 2014 2 05 /08 /Août /2014 10:17

Manidem. Il va coiffer la direction du parti politique jusqu’à l’organisation du prochain congrès prévu à la mi-janvier 2015.

 

Dieudonne-Yebga--nouveau-president-du-Manidem.jpg Dieudonné Yebga est le nouveau président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem). Il a été placé à la tête de la direction du parti politique de l’opposition samedi 02 août 2014 à Bafoussam, lors du Comité national de coordination (Cnc). Il remplace à ce poste Pierre Abanda Kpama, décédé depuis le 30 janvier 2014. La candidature de l’ancien membre du bureau politique, responsable aux affaires économiques du Manidem, est passée devant celle de deux autres camarades, à savoir Jean Pierre Nghonda Nounga et Emmanuel Mpouma. Lors des votes, les participants du Conseil national de coordination du Manidem ont porté leur choix sur Dieudonné Yebga,  après le désistement de Pierre Nghonda Nounga.

Le nouveau président du Manidem a pour mission de préparer le prochain congrès qui se tiendra à la mi-janvier 2015 à Bafoussam. Une cérémonie qui coïncide avec la commémoration de la disparition d’Ernest Ouandié (fusillé le 15 janvier 1971 à Bafoussam, ndlr). Pendant ledit congrès, l’instance dirigeante du parti sera révisée. Si Dieudonné Yebga convainc les siens pendant les six mois de fonction qui lui ont été accordés, il est possible que le parti lui renouvelle sa confiance à la tête du bureau politique. Pour parvenir à cette fin, Dieudonné Yebga entend « réorganiser le parti en essayant de faire la politique autrement. C’est ma mission principale », a –t-il indiqué.

Les militants du Manidem affirment qu’un nouveau président peut être désigné à l’occasion d’une réunion du Conseil national de coordination. Si la date du congrès initialement prévue en novembre 2014 et la désignation du nouveau président ont été modifiées, « c’est parce que le Cameroun est en guerre. C’est ce qui nous a fait anticiper les choses », justifie un membre du bureau politique. Le politicien fait référence aux différentes attaques présumées de la secte islamique Boko Haram, dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Le nouveau président Manidem, Dieudonné Yebga, compte d’ailleurs produire un communiqué mardi 05 août 2014 pour faire entendre le son de cloche du parti sur l’actualité dominante.  

Né le 30 décembre 1958, Dieudonné Yebga est originaire du département du Nyong-Ekélé, arrondissement de Matomb. Il entre en politique en 1989, dans les rangs de l’Union des populations du Cameroun (Upc), alors en clandestinité. En 1995, Dieudonné Yebga fait partie des membres fondateurs du Manidem avec les « camarades » Abanda Kpama, Anicet Ekanè et Stéphane Ngwé, entre autres. En 2011, il a été le directeur de campagne du candidat Anicet Ekanè, à l’élection présidentielle. Aux municipales de 2013, Dieudonné Yebga a représenté le Manidem dans la localité de Matomb. Le parti s’en est tiré avec 4% des suffrages exprimés. Dans la vie active, l’ingénieur et analyste des systèmes d’exploitation occupe depuis neuf ans le poste de chef de division du système d’information à Aes Sonel. Il est en outre le secrétaire général du Syndicat national autonome des travailleurs de l’énergie et eau du Cameroun (Synateec). Il est marié et père de plusieurs enfants. 

Mathias Mouendé Ngamo

Par Mathias Mouendé Ngamo - Communauté : blogueur africains
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Jeudi 17 juillet 2014 4 17 /07 /Juil /2014 11:38

Tension sociale. En grève depuis deux semaines à Douala pour réclamer l’autorisation d’accès au Port, ils menacent de « poser des actes forts» dès jeudi 17 juillet 2014.

 

Douala--15-juillet-2014.-Des-marins-marchands-sous-copie-1.jpgLes marins marchands ne décolèrent pas. Bien plus, ils menacent de « passer à la vitesse supérieure» le jeudi 17 juillet 2014, s’ils n’ont pas obtenu l’autorisation d’accès au Port. La grève lancée depuis le mercredi 02 juillet se poursuit donc. Les marins marchands restent mobilisés devant l’Unité d’entretien des navires située au quartier Bépanda à Douala. Vêtus de leur tenue de travail, ils y passent des jours et des nuits sous les intempéries pour faire entendre leur ras-le-bol. Dans une correspondance datée du 10 juillet 2014 et agressée aux grévistes, le directeur général du Port autonome de Douala (Pad) a demandé au Groupement professionnel des marins marchands du Cameroun (Gp2mc) de produire des éléments justificatifs de l’existence légale du groupement. Le Dg du Pad a en outre demandé à l’administrateur du Gp2mc de mettre trois marins à sa disposition pour des besoins d’enquête de moralité. Ces derniers seront chargés de faire des prospections à bord des navires. « Les autres membres ne devant accéder au port que sur présentation d’un bon de commande dument signé par le commandant du port », a indiqué le Dg du Pad.

Douala--02-juillet-2014.-Des-marins-marchands-en-greve-dev.jpgPour Albert Simon Mienlam, administrateur du Gp2mc, cette lettre de l’autorité portuaire est une insulte à l’endroit d’une unité agréée qui compte près de 1500 marins. Dans une lettre envoyée au ministre des Transports et portant en objet « Réponse à la lettre du Dg du Pad », l’administrateur du Gp2mc relève que le Dg du Port n’a pas compétence pour enquêter sur la moralité des marins marchands. Les marins marchands demandent au ministre des Transports de s’opposer à cette « ingérence » de l’autorité portuaire dans la gestion des activités purement maritimes. En attendant la date butoir du 17 juillet 2014, les manifestants restent regroupés devant leur base à Bépanda, pancartes en mains. « Au fur et à mesure que nous manifestons, la tension monte. Lorsque nous allons poser des actes à partir de jeudi, le ministre des Transports devra en assumer la responsabilité», préviennent –t-ils.

Mathias Mouendé Ngamo

Par Mathias Mouendé Ngamo - Communauté : blogueur africains
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Lundi 30 juin 2014 1 30 /06 /Juin /2014 10:01

Marie Viviane Singui Togo. Arbitre internationale pendant plus de dix ans, la jeune dame a une longue et riche carrière sportive. Non sans obstacles. A 42 ans, elle est aujourd’hui coach d’une équipe de football masculine basée à Douala. Ses poulains lui ont donné le sobriquet de « Pep Guardiola ». Allez savoir pourquoi ?

 

Coach-Marie-Viviane-Singui-Togo--concentree-lors-d-un-matc.JPGComment est née votre passion pour le sport?

J’ai grandi dans une cité à Bonanjo (Douala). On jouait à tous les jeux. Il n’y avait pas de distinction entre garçons et filles. Quand j’ai grandi donc, j’ai commencé à faire de l’athlétisme. Les 100 mètres et 200 mètres. J’ai été championne du Cameroun dans ces disciplines dans les années 90. J’ai laissé l’athlétisme parce que je ne pouvais plus concilier athlétisme et études, quand je suis allée poursuivre mon cursus scolaire au lycée technique de Yaoundé. On fréquentait de 7h30 à midi, et de 15h à 18 heures. Je n’avais donc plus de temps pour l’entrainement. J’ai laissé tomber l’athlétisme. Après ma licence en Droit obtenue à l’université de Yaoundé, j’ai repris avec le football. Je ne pouvais plus avoir la même forme pour renouer avec l’athlétisme après avoir tout arrêté pendant trois ans. J’habitais à l’université. Tonnerre et Diamant s’entrainaient tout près. Je passais mon temps à regarder les entrainements et c’est ainsi que pris gout au football. Après l’université je suis rentrée à Douala et j’ai joué à Provençal Fc pendant deux ans. Puis j’ai viré dans l’arbitrage.

Comment vous retrouvez-vous dans la peau d’une arbitre de football ?

Quand je regardais au loin, je ne voyais pas d’opportunité dans le football féminin. Le football féminin, même quand vous êtes championne vous ne sortez pas. Vous jouez juste des championnats ici au Cameroun. Or en athlétisme, je voyageais tout le temps. Je ne pouvais pas faire une compétition sans voyager. Et me connaissant « jusqu’au boutiste », j’ai vu que je ne pouvais pas percer dans le milieu du football féminin. J’ai donc viré dans l’arbitrage. Je me suis inscrite à une formation qui a duré six mois à Douala dans les années 1991-1992. Après ma formation, j’ai arbitré pendant deux ans en ligue, deux ans en deuxième division (D2) et pendant dix ans en première division (D1) internationale.    

Quand commence l’aventure internationale?

J’ai passé neuf ans en tant qu’arbitre international. J’ai dirigé beaucoup de matchs. Je voyageais, j’allais de pays en pays. Je ne résidais presque pas au pays. En un mois, je passais deux semaines à l’extérieur du pays. J’allais diriger les matchs. Et à notre époque, nous dirigions les matchs des hommes et des femmes. Mais maintenant ce n’est plus le cas. Les femmes ne dirigent plus des matchs d’hommes sur le plan international. J’ai arbitré des matchs de la Coupe d’Afrique des nations (Can) junior, cadet, des éliminatoires de la Can, des jeux olympiques, homme comme femme. En termes de statistiques, j’ai arbitré plus de trente matchs internationaux, hommes et femmes confondus. Sur le plan local, j’ai arbitré beaucoup de matchs. Je ne peux pas les compter.

Comment avez-vous apprécié cette expérience sur le plan international ?

C’est une très bonne expérience. Ca m’a apporté beaucoup dans ma carrière, dans ma personnalité. Vous savez, quand on dirige des hommes, ce n’est pas facile dans le contexte africain. Les hommes n’aiment pas que les femmes les donnent des ordres. L’expérience internationale m’a beaucoup apporté dans ma façon de travailler. En ce moment je ne peux pas dire qu’un homme ne me faire pas peur. Il peut m’influencer, mais ça ne va pas se passer comme avec les autres femmes qui sont au foyer.  

new-0632.JPGQu’est ce qui est à l’origine de l’arrêt de votre carrière internationale comme arbitre ?

J’ai eu une maladie et j’ai subi une opération. Actuellement je suis à 50% de mes potentialités. Je ne peux pas faire un sport intense. C’est pour cela que j’ai laissé l’arbitrage pour me convertir dans l’entrainement. Je touche à tout. Quand j’étais arbitre, je côtoyais aussi l’entrainement. J’allais regarder les entrainements des équipes. Je m’y intéressais. Après ma maladie, j’ai donc viré dans l’entrainement. J’ai fais des stages, j’ai eu des diplômes. En ce moment, je suis avec ma petite équipe de football masculine, « Africa Star Académy ». Nous jouons en D4. Notre ambition c’est d’aller le plus loin possible, de remonter et d’arriver en ligue 1. Quand je suis arrivée en 2011, j’ai trouvé l’équipe en D5. Nous avons un team coaching. Nous avons un directeur technique. Je suis la seule dame. Je suis entraineur principal et j’ai un adjoint. Le championnat est en arrêt. Nous sommes en phase de recrutement.

Pourquoi avoir choisi de coacher une équipe de football masculine ?    

Loin s’en faut, je ne me sens pas très à l’aise avec les femmes. Dans tout mon parcours j’ai toujours été avec des hommes. C’est vrai aussi que si on me donne une équipe féminine, je ne vais pas cracher dessus. Mais s’il faut faire un choix, je préfère travailler avec des hommes. En dehors d’être une équipe, « Africa Star Academy » est un centre de formation. Nous avons plus de jeunes dans cette équipe. Alors qu’ailleurs, ce sont des messieurs. Il peut arriver qu’un joueur qui a sensiblement votre âge commence à vous faire la cour. Et vous voyez un peu le tableau.

Est-ce que c’est facile pour une femme de coacher des hommes ?

Que ce soit des hommes entre eux ou les femmes entre elles, il y a toujours es têtus. Je suis avec les hommes depuis plus de 20 ans en athlétisme, dans l’arbitrage... Il est vrai que je suis une femme. Donc il y a des moments où je me mets en posture de mère. Mais il y a des moments où je me mets en posture d’homme. Quand je donne des exercices, si un joueur ne veut pas le faire parce que je suis une femme, je le mets à côté. Mais le joueur peut être fatigué. Je comprends avec mon cœur de femme. Dans mon équipe, ils m’ont baptisé « Pep Guardiola».

Etes-vous victime de discrimination dans votre carrière à cause de votre statut de femme ?

Oui. Vous savez que la société africaine est misogyne. J’en souffre tellement. Parce que j’arrive toujours quelque part je comprends les phrases du genre « C’est une femme, elle ne peut rien ». Parfois ça me galvanise. Et je me dis qu’il faut que je fasse beaucoup d’efforts.

Avez-vous déjà vécu une situation qui vous a donné envie de tout arrêter ?

Oui. J’ai vécu cette situation dans l’arbitrage. J’ai eu envie de tout arrêter. Dans la société camerounaise, la méritocratie n’est pas de notre monde. A un moment donné, je me suis même dit que ma maladie était la bienvenue. C’est pour cela que j’ai arrêté avec l’arbitrage. Je pouvais bien m’efforcer un peu, pour reprendre la forme. Mais j’ai laissé tomber.

Quel regard votre entourage pose sur vous ?

Ca d’abord été un combat avec ma famille. Mon père était un directeur de poste et maman était secrétaire de direction. Ils n’avaient pas approuvé mon choix. Je suis allée faire dans le sport contre leur gré. Tout ce que je rapportais comme distinctions, ils le balayaient du revers de la main. Ils n’étaient pas contents et disaient que je suis un enfant perdu. Je suis la seule à faire du sport dans ma famille. 

DSC00237.JPGVos plus beaux souvenirs dans votre carrière sportive?

En arbitrage, mon plus beau souvenir c’est lorsque j’ai dirigé la finale de la coupe du Cameroun en 2000, qui mettait aux prises Canon de Yaoundé et Coton Sport de Garoua. J’étais arbitre assistante. Le président de la République, je le voyais souvent à distance, à la télévision. Je n’imaginais pas un jour que le président pouvait me serrer la main et me parler. Ce jour-là, le président était très surpris de voir une femme arbitre. Il m’a serré la main et nous avons échangé un peu. Il a dit « Ah une dame ! Je suis très surpris de voir une dame diriger des matchs. Ca ne vous fatigue pas ? ». C’est mon plus beau souvenir que j’ai gardé.

Les sportifs sont souvent taxés d’élèves rebelles…

… J’ai fais le lycée de New-Bell jusqu’à l’obtention de mon Bepc. A cause des pressions parentales, je suis allée au lycée technique de Yaoundé poursuivre mes études. J’y obtiens mon baccalauréat. A Yaoundé, quand les études ont commencé à connaitre des perturbations, j’ai arrêté avec l’athlétisme. Et mes parents contrôlaient mes bulletins, mes notes, mes heures d’absence. J’ai terminé mes études avec une licence en Droit obtenu à l’université de Yaoundé.

Des prix ?

J’ai été élu meilleur arbitre assistant entre 2004 et 2005. En athlétisme j’ai été championne du Cameroun aux 100 et 200 mètres. J’ai obtenu une médaille aux Jeux Osu B en athlétisme. Les récompenses en coaching ne sont pas faciles à glaner. Mais j’ai amené mon équipe de la D5 à la D4.   

Côté jardin alors ?

J’ai 42 ans. Je ne suis pas mariée, mais je suis mère d’une fille de 23 ans et grand-mère d’un petit fils de 15 mois. Ma fille je l’ai eu quand j’étais en classe de Seconde. J’ai accouché très tôt. Mes parents se sont occupés d’elle pendant que je poursuivais mes études. Elle est en Europe depuis l’âge de 13 ans.

Vous paraissez plus jeune que votre âge. Quel est votre secret ?

Mon secret c’est le sport tout simplement. Je ne passe pas un jour sans pratiquer du sport. Je fais des abdominaux tous les matins et tous les soirs à la maison. Même quand je ne cours pas.

Est-ce facile pour une femme de suivre vos pas ?

J’ai eu cette chance de ne pas me marier tôt. Parce qu’une femme mariée n’aura pas cette liberté d’aller et venir avec tous ces voyages à faire. Le mariage est donc la difficulté majeure que les femmes qui veulent suivre mes traces peuvent rencontrer.

new-0621.JPGAujourd’hui, est ce que le mariage est à l’ordre du jour?

Le mariage revient à l’ordre du jour. Il est vrai que je l’avais d’abord mis aux calendres grecs quand j’étais plus jeune et je faisais ma carrière. Aujourd’hui j’ai pris de l’âge et je suis plus mature. Si le mariage arrive, je ne peux pas cracher dessus hein.

Des ambitions ?

Mon ambition c’est d’avoir une équipe en première division et si possible entrainer l’équipe nationale de football. Je voudrais en profiter pour dire aux femmes qu’elles peuvent aussi apporter quelque chose dans le sport, dans la vie. Elles ne doivent plus rester derrière. Ici à Douala je ne pense pas qu’il y ait d’autres femmes qui coachent des hommes. Et même dans le Cameroun il y a peu de femmes qui coachent des hommes.

Propos recueillis par Mathias Mouendé Ngamo

 

           

  

 

 

 

 

 

 

 

Par Mathias Mouendé Ngamo - Communauté : blogueur africains
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