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de l'huile de palme exposée au marché Madagascar à Douala, au Cameroun
de l'huile de palme exposée au marché Madagascar à Douala, au Cameroun

Huiles végétales. Les prix qui oscillent souvent au gré des saisons connaissent une certaine stabilité ces derniers-jours, mais les ménagères ont un autre défi à relever : trouver une huile de bonne qualité.

Polycarpe Dakgo est assis au milieu de fûts rangés dans un conteneur au marché Madagascar à Douala. Il se tourne les pouces. De temps en temps, le petit commerçant jette un coup d’œil vers la grande cuvette contenant de l’huile de palme qu’il a exposée devant sa petite boutique de fortune. Il fixe ensuite la chaussée en quête d’un éventuel client. Il s’assied confortablement lorsque son invité lui adresse la parole. A la fin des propos de son convive, son regard reprend à nouveau le manège entre la cuvette et la chaussée. Bientôt, une ménagère s’avance vers la cuvette d’huile. Polycarpe bondit de sa chaise. « Le litre d’huile coûte 600 F. Cfa », fait –t- il savoir à la dame. « Je veux de l’huile pour 250 F. Cfa », rétorque la ménagère. D’une main, elle présente une bouteille vide au vendeur. De l’autre, elle lui remet trois pièces d’argent. Pour ce service, Polycarpe se sert de petites bouteilles plastiques plongées dans le liquide rouge. Il y en a pour tous les prix. Des mesures de 100 F. Cfa, 150 F. Cfa, 250 F. Cfa et une mesure de 300 F. Cfa pour le demi-litre d’huile de palme. « Les ménagères n’ont pas toujours assez d’argent pour se procurer le litre d’huile de palme. Alors, nous détaillons ainsi pour satisfaire tout le monde », explique le commerçant lancé dans cette activité depuis 15 ans.

A 600 F. Cfa le litre, le prix de l’huile connait une stabilité depuis près d’un an, d’après les vendeurs. Mais ce tarif ne semble pas toujours être à la portée des ménagères. «Imaginez que votre conjoint vous remet 2500 F. Cfa de ration et que vous achetez un kilogramme de poisson pour 1400 F. Cfa. Si vous achetez ensuite un litre d’huile à 600 F. Cfa, la somme de 500 F. Cfa restante ne vous permettra pas de terminer vos achats. Nous sommes obligées d’acheter la quantité d’huile qui suffira pour un seul repas », détaille la ménagère rencontrée au marché de Madagascar. Et même si les prix sont stables, il n’est pas exclu de craindre des fluctuations souvent dues aux saisons.

A la délégation régionale du Commerce pour le Littoral, on indique que le prix recommandé actuellement est de 650 F. Cfa/litre d’huile de palme « brute » « Souvent sur le marché, ce prix baisse à 600 F. Cfa. Pendant la période dite de repos végétatif, le prix peut grimper jusqu’à 800 F. Cfa. Mais cela n’est pas arrivé depuis le début de l’année. Même le prix de l’huile raffinée est stable », assure Lucas Meka’a Melibi, chef section de la concurrence, des prix et du commerce à la délégation régionale du Commerce du Littoral. Les commerçants attestent que le prix du litre d’huile de palme a atteint la barre de 900 F. Cfa, il y a trois ans. « Pendant les pluies, les noix de palmistes ne murissent pas beaucoup. Et quand l’huile est rare sur le marché, les prix grimpent. Il n’y a plus manque d’huile actuellement. Il y a même abondance », constate Elie, un vendeur d’huile de palme à Madagascar.

L’huile « villageoise » et le « vrac »

A 14h ce mardi 24 mars 2015, la cuvette d’huile de palme de Polycarpe est à moitié vide. Le vendeur révèle qu’il a en poche, moins de 10 000 F. Cfa de recette. Il soutient qu’à pareille heure il y a quelques années, il pouvait déjà compter 50 000 F. Cfa dans ses mains. Mais les huiles de palme dite « Villageoise » et « Vrac » ont pris le contrôle du marché, au détriment de l’huile en provenance de la Société camerounaise de palmerais (Socapalm) qui alimentait jusqu’alors le marché local. L’huile dite « villageoise » est celle pressée de manière traditionnelle et conditionnée dans des fûts et des bidons, apprend-on. Cette pratique est récurrente dans la région du Littoral, où les planteurs se sont investis dans la culture du palmier à huile. L’huile dite « vrac », c’est de l’huile raffinée achetée par des particuliers dans des raffineries à bas prix. Le liquide est conditionné dans des fûts de 250 litres et revendu sur le marché dans différents contenants.

Le litre d’huile de palme « villageoise » oscille entre 475 et 500 F. Cfa sur le marché. Pour l’huile de palme raffinée « vrac », les grossistes se la procure dans des raffineries à 830 F. Cfa/l. Sur le marché, le même litre est revendu à 950 F. Cfa. Les petits commerçants conditionnent aussi cette huile dans des bouteilles d’1,5l qu’ils revendent à 1350 F. Cfa. « L’huile de palme raffinée Mayor coûte 1200 F. Cfa. Le prix des huiles végétales oscillent entre 1000 et 1200 F. Cfa », précise Lucas Meka’a Melibi. Selon Dieunedort Nganhe, grossiste établi au lieu-dit Marché Buea au marché Central de Douala, la plupart des vendeurs d’huile de la Socapalm se sont reconvertis dans l’huile « villageoise » et dans le « vrac », où les coûts semblent plus abordables. « 90% des vendeurs d’huile de palme vendent de l’huile « villageoise » et du « vrac », atteste le grossiste, lancé dans cette activité depuis 22 ans.

Les ménagères en payent le prix. « J’achète mon huile de palme chez le même vendeur. Une fois, j’ai envoyé ma fille. Elle m’a rapporté une huile de mauvaise qualité. Les légumes que j’ai préparés ce jour-là n’avaient pas de goût. Ils n’avaient pas bonne odeur aussi », se souvient Jacqueline Touré, une habitante du quartier Bonapriso. « Plusieurs fois, je me suis rendue compte à la maison que j’avais acheté une mauvaise huile, parce que les repas ne réussissent pas comme d’habitude. C’est plus gênant lorsque vous faites des mets comme le koki ou la banane malaxée», témoigne une autre ménagère, déçue. Qui dit ne pas savoir comment reconnaitre une huile de bonne qualité sur le marché. D’anciens vendeurs d’huile de palme donnent quelques astuces pour cela. Ils précisent que les bouteilles contenant l’huile de palme raffinée « vrac » ne sont pas scellées. L’huile de la Socapalm a un meilleur arôme. L’huile « villageoise » contient de l’eau et ne peut être conservée qu’à peine six mois. Une mauvaise odeur se dégage de l’huile après cette période. L’huile « villageoise » est souvent sombre et lourd en saison de pluie, apprend-on.

A la délégation régionale du Commerce pour le Littoral, on reconnait la présence de l’huile de palme « villageoise » et du « vrac » sur le marché. On évoque la difficulté à intervenir dans cette filière. « Les villageois vendent aux revendeurs dans des marchés, tôt vers 6h. Nous n’avons pas des équipes de contrôles sur le terrain à cette heure-là. On ne peut s’organiser des contrôles de jour comme de nuit que lorsqu’il y a une situation d’alerte. Il n’y a pas de plainte pour le moment », assure Lucas Meka’a Melibi, chef section de la concurrence, des prix et du Commerce. Il relève que la délégation régionale du Commerce du le Littoral n’a d’ailleurs pas l’expertise pour le contrôle de la qualité de l’huile de palme vendue sur le marché.

2 cuillères d’huile par jour

D’autres huiles dites huiles végétales importées pour la plupart bondent aussi les étales dans les espaces marchands. Il s’agit entre autres, de l’huile de soja, de l’huile de maïs, de l’huile de tournesol. Des commerçants du marché Sandaga indiquent que les prix de ces huiles ont récemment subi une légère baisse. « Le litre de l’huile de soja Oilio est actuellement vendu à 1500 F. Cfa. Le litre coûtait 1700 F. Cfa il y a quelques jours », indique Christine, tenancière d’une boutique à Sandaga. Le litre d’huile de soja Jadida est livré à 1300 F. Cfa aux clients. Des vendeurs notent la rareté de l’huile de Coton, Diamaor. Pour l’huile d’olive, il faut débourser près de 7500 F. Cfa pour 75 cl, selon les marques. « On vend les huiles de soja et tournesol en cachette. Les gars de la délégation du Commerce viennent souvent saisir des cartons d’huile. Ils nous disent que ces huiles ne respectent pas la législation, car pas riche en vitamine A. Ils disent que nous ne devons vendre que les huiles comme Mayor et Azur », se plaint une commerçante du marché Deïdo. Elle explique que malgré le prix élevé de ces huiles, les clients affluent car ces huiles sont recommandées aux personnes ayant des problèmes de santé, les diabétiques notamment.

Samuel Fotso, diététicien-nutritionniste, affirme que les huiles végétales ont un apport en acides gras dans l’organisme. Il relève que pour toutes les huiles, la densité énergétique des acides gras oscille autour de 9kg calories par gramme. « Pour notre alimentation nous avons besoin de deux cuillères à soupe d’huile par jour pour un adulte, et d’une cuillère à café d’huile pour un enfant, afin de combler les besoins en acides gras. Au Cameroun, on consomme trop d’huile. Plus on consomme des huiles, plus on risque de déséquilibrer la balance énergétique. Et nous sommes plus sédentaires, donc il y a aussi des risques d’obésité », prévient le diététicien-nutritionniste. Samuel Fotso conseille en outre aux ménagères de veiller à ce que l’huile ne fume pendant les cuissons.

« Lorsque l’huile fume, elle produit des substances cancérigènes. Nous devons éviter d’atteindre le point de fumée. L’huile de palme est conseillée pour des cuissons où on a besoin d’une température élevée, comme les fritures. Pour l’huile de soja et l’huile de tournesol, le point de fumée est relativement plus bas. Par conséquent, elles ne sont pas indiquées en première intension pour des fritures où on a besoin des températures plus élevées », explique le spécialiste. Pour ce qui est de l’huile dite « vrac », Samuel Fotso identifie un risque sur le plan hygiénique. Le doute pèse sur l’état des de propreté des récipients utilisés lors des différentes transactions. Le diététicien note aussi d’une part, que l’exposition de l’huile à la lumière et au soleil diminue la teneur en acides gras. D’autre part, le processus de raffinage détruit la vitamine A. « C’est pourquoi la législation camerounaise demande d’enrichir les huiles raffinées en vitamine A », conclut –t-il.

Mathias Mouendé Ngamo

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