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S.M. Fréderick Essaka Ekwalla, chef du canton Deïdo
S.M. Fréderick Essaka Ekwalla, chef du canton Deïdo

Canton Deïdo. S.M. Frédéric James Ekwalla Essaka, le 9ème chef de la dynastie intronisé après des batailles de succession, a placé son règne sous le signe du retour à la tradition.

Samedi 28 mars 2015 est jour de fête à Deïdo. Le canton situé dans le premier arrondissement de la ville de Douala n’a pas connu pareille effervescence depuis le « voyage » de son défunt roi, S.M. Claude Gaston Essaka Ekwalla Essaka. Les fils et filles Deïdo arborent fièrement des pagnes. Ils crient, chantent et dansent. Les ressortissants de tous les six villages du canton (Bonatènè, Bonantonè, Bonamuduru, Bonatéki, Bonajinjè, Bonamuti) sont au rendez-vous. Pas moyen de se frayer aisément un chemin au milieu de cette foule en liesse qui a paralysé la circulation. Bientôt, un homme tout de blanc vêtu sort de la petite case sacrée. Il y a passé 25 minutes. Les uns et les autres l’ont reconnu. C’est Frédéric James Ekwalla Essaka Ekwalla, le nouveau chef supérieur du canton Deïdo ! Les cris et les applaudissements gagnent en intensité.

« Ce n’est plus la même personne qu’à son entrée dans la case sacrée. C’est un autre homme maintenant », glisse un vieillard. Le nouveau chef fait le tour de l’esplanade et rejoint la petite estrade prévue pour son intronisation. On l’y fait asseoir et on le relève neuf fois. Puis on l’y installe définitivement. Ce rituel, d’après les initiés, symbolise les pleins pouvoirs reçus par l’élu. Frédéric James Ekwalla Essaka Ekwalla reçoit aussi des attributs. Le Ndjandjo (chasse-mouche) qui symbolise la paix. Une épée symbolisant la guerre. Le chef reçoit aussi une hotte. « On lui remet une hotte à mettre au dos car en tant que chef, il entendra beaucoup de choses. De tout ce qu’il écoutera, il y’en a qu’il ne prendra pas en compte. Il devra donc les jeter dans cette hotte. Bien plus, cette hotte est un symbole de tolérance », explique un ressortissant Deïdo.

Batailles de succession

Frédéric James Ekwalla Essaka Ekwalla a donc effectivement pris les rênes. A 35 ans, il est le 9ème chef de la dynastie. Il succède à son père, S.M. Claude Gaston Essaka Ekwalla Essaka décédé le 25 septembre 2013 à l’âge de 73 ans. Celui-ci aura passé 36 ans à la tête du canton Deïdo, soit deux ans de moins que son père, Frédéric Henri Eïtel Ekuala Esaka (1939 à 1977). Le préfet du département du Wouri, Paul Naseri Bea a invité le nouveau chef au respect des valeurs républicaines. Il lui a demandé d’être la courroie de transmission entre l’administration et la population. Le nouveau chef doit en outre maintenir la paix et à lutter contre le désordre urbain, a demandé le préfet. Il y a quelques mois, l’autorité administrative intervenait au canton Deïdo, lors de la palabre traditionnelle, pour mettre fin aux batailles de succession nées au lendemain de la disparition du chef.

On se souvient que Daniel Ekwalla Essaka, un des frères du défunt chef qui réside depuis près de quarante ans en France, ne cachait pas son intention de ravir le siège à James Essaka Ekwalla, le « successeur légal » domicilié lui aussi en Hexagone. Selon des sources proches de cette famille, vendredi 03 janvier 2014, Daniel Essaka Ekwalla a fait irruption chez Ekedi Bwemba épouse Ekwalla Essaka, la veuve du défunt, et a tenté d’expulser cette dernière de la chefferie. « Daniel Ekwalla Essaka prétend que la chefferie est la maison de son père et qu’il devrait donc succéder au chef. Or, dans notre tradition, le frère du défunt ne lui succède pas. C’est plutôt à son fils que doit revenir le trône », a confié un proche de la famille. Le même vendredi, Daniel Ekwalla Essaka avait été interpellé dans un hôtel non loin de la chefferie supérieure du canton Deido, où il s’était installé depuis son arrivée au Cameroun à la faveur des obsèques officielles de son frère Gustave Ekwalla Essaka. Il a été entendu par la gendarmerie, puis remis en liberté après audition. L’interpellation de Daniel Ekwalla Essaka faisait suite à une demande d’intervention suivie d’une plainte, déposées respectivement chez le gouverneur et au parquet par un avocat de la place. Dans ladite plainte, l’homme de loi sollicite l’intervention des autorités administratives et judiciaires afin que l’enveloppe remise à la défunte par le chef de l’Etat pour les obsèques de son époux soit restituée à qui de droit.

Les attentes des populations

Aujourd’hui, la sérénité semble être de retour à la chefferie supérieure de Deïdo. Le nouveau chef, peu avant son intronisation, a ainsi entrepris de rendre visite aux notables des six villages du canton, chez qui il a obtenu des bénédictions, apprend-on. Chacun des anciens lui a prodigué des conseils. « On lui a demandé de promouvoir l’amour, d’être ouvert à la discussion. Il a été approuvé à l’unanimité par tous les notables », glisse un proche de la chefferie. Sitôt installé sur son siège de roi, S.M. Fréderic James Essaka Ekwalla Essaka a placé son règne sous le signe du retour à la tradition. « Nos enfants aujourd’hui parlent plus le français que leur langue. Bientôt, ils vont perdre leur identité. Les parents doivent apprendre la langue duala à leurs enfants et les enseigner le respect et les valeurs traditionnelles », pense Johan Moukoko, un proche du chef.

D’autres défis attendent le nouveau chef supérieur. Pour les habitants, il doit être un rassembleur, car le canton Deïdo est divisé. Il y a des clans. « J’attends du nouveau chef qu’il n’ait pas de parti pris dans les décisions qui concernent le village. Qu’il soit ferme quand il le faut, pour le bien de la communauté », souhaite Fréderic Eitel Nkassa Ndoumbe, un fils Deïdo. Il évoque aussi le problème de nuisances sonores. Une affaire sur laquelle s’était déjà penché l’ancien chef, sans suite. Les propriétaires des débits de boissons et autres salles de jeux avaient soutenu l’argument de la recherche de leur gagne pain quotidien à travers ces activités qui rompent la tranquillité et la quiétude dans le village. Il y a en outre le problème de l’insalubrité, matérialisé par ces défécations dans les rigoles. Il y a surtout, à Deïdo, le problème des litiges fonciers qui sont de plus en plus récurrents. « Plusieurs affaires pendantes en justice et qui portent sur les litiges fonciers proviennent de Deïdo », croit savoir Frédéric Eitel Nkassa Ndoumbè.

S.M. Frédéric James Essaka Ekwalla Essaka aura –t-il la carrure et la personnalité nécessaires pour venir à bouts de tous les fléaux qui minent Deido présenté comme le plus petit canton de Douala avec la plus grande concentration d’autochtones ? On connait aussi le tempérament « chaud » des « Deïdo boys » avec en mémoire les émeutes déclenchées le 31 décembre 2011. Mais pour des proches du nouveau chef, il est l’homme de la situation. Il est jeune, calme, posé. Il est également présenté comme quelqu’un qui sait faire la différence avec chacune de ses casquettes. Qui s’exprime aisément devant la foule. Une qualité qu’il tient de son père « Il blague quand il le faut, devient chef quand il le faut. Il connait la tradition et s’adapte facilement au milieu», détaille Johan Moukoko.

La reine blanche

Mais comment le nouveau chef s’est t-il imprégné de la tradition sawa, lui qui vit en France depuis plusieurs années maintenant ? s’interrogent des septiques. Après son cycle primaire à l’école Petit Joss à Douala justement, Fréderic James Ekwalla Essaka a posé ses valises en Europe. Il ne venait au pays que quelques fois, pour y passer les vacances, apprend-on. « Il faisait des recherches sur l’histoire des chefferies. Il a représenté son père dignement lors de certaines manifestations en Europe. Il est revenu quand le chef est décédé, et n’est plus jamais reparti. Il est né chef. Il a été béni par son grand-père depuis sa tendre enfance», soutient un cousin du chef. C’est pendant sa vie en France que le premier fils de Marlyse Essaka Ekwalla, aîné d’une famille de cinq enfants (deux garçons et trois filles), fait la connaissance de Marie-Liesse Duchon.

Originaire de Fontainebleau en France, Marie-Liesse Duchon est née le 26 juin 1983 en région parisienne. Frédéric James Ekwalla est alors l’ami de son frère ainé. Très vite, une histoire nait entre les deux. Ils se marient en France. De leur union, naissent deux enfants. L’ainé, un garçon de 4 ans, Ruben Emmanuel et une petite fille de 2 ans, Emma Gabrielle. Lorsque Fréderic James Essaka Ekwalla est appelé par le devoir de la tradition, Marie-Liesse qui ne connait pas particulièrement le continent africain jusqu’ici, ne trouve aucune objection à suivre son mari dans l’aventure. Elle devient du même coup, reine. Les puristes traditionnalistes de Deïdo naturellement ne voient pas une reine blanche d’un bon œil, et souhaitent que le nouveau chef ait une femme duala à ses côtés. Mais entretemps, apprend-on, Marie-Liesse a commencé à apprendre à parler la langue duala et à s’imprégner de la signification des différents rites traditionnels.

Mathias Mouendé Ngamo

Tag(s) : #Grand Portrait

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