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Bonabéri, le 28 mars 2014. Arouna Aladji, un déguerpi du quartier Nkomba, est inconsolable. crédit Photo Mathias Mouendé Ngamo
Bonabéri, le 28 mars 2014. Arouna Aladji, un déguerpi du quartier Nkomba, est inconsolable. crédit Photo Mathias Mouendé Ngamo

Des acteurs de la société civile camerounaise déplorent le non respect des Droits de l’Homme lors des opérations de déguerpissement.

Difficile de se frayer un chemin au milieu de toute cette foule en panique et en pleurs. Les habitants, surpris par les gros engins arrivés tôt vers 3 h du matin, essayent de sauver ce qui peut l’être. Mais les véhicules avancent vite et détruisent tout sur leur passage. Les murs en parpaing sont réduits en tas de poudre. Les tôles irrécupérables. Les meubles sont entassés ça et là, à la portée des brigands. Plus de 150 policiers et gendarmes armés de fusils, de matraques et de bombes à gaz lacrymogène encadrent l’opération. Nous sommes le 26 mars 2014 au quartier Nkomba à Bonabéri, dans l’arrondissement de Douala 4ème, capitale économique du Cameroun. «Le processus de déguerpissement s’inscrit dans le cadre des nécessaires actions de libération des terrains de la Magzi partout au Cameroun, en vue de la poursuite du programme d’aménagement des sites de cette entreprise », précise un communiqué de la Mission d’aménagement des zones industrielles, pour justifier les démolitions en cours. Mais les acteurs de la société civile dénoncent le côté inhumain de ces évictions.

«Même si les évictions étaient légales et légitimes, ce qui n’a pas toujours été le cas, pour déguerpir les gens il faut préserver leur dignité. Il faut assurer leur sécurité et protéger leurs biens. Nous n’acceptons pas la méthode inhumaine », se plaint Jean-Baptiste Sipa, le coordonnateur de l’association Tribunal article 55. Ce défenseur des Droits de l’Homme déplore le fait qu’à la suite des casses à Bonabéri et à Diboum 1 (un autre quartier de Douala), les sinistrés, estimés à 55 000 personnes environ, ont passé plusieurs nuits à la belle étoile. Des familles se sont disloquées et des enfants ont interrompu leur scolarité. «Il faut humaniser les évictions, martèle l’activiste. On doit être respectueux des Droits des personnes. L’Etat n’offre aucune propositions de relogement aux sinistrés».

Pour atteindre cet objectif, les membres du Tribunal article 55 et ceux de l’Association des journalistes africains pour l’environnement (Ajafe) ont mis en place une cellule d’information qui servira de courroie entre les pouvoirs publics et les populations. Selon les activistes, l’un des buts de cette plateforme est d’éviter des affrontements lors des déguerpissements et éviter aux populations victimes de sombrer dans la misère. La cellule qui a en outre un rôle de veille et de sensibilisation est coordonnée par des sinistrés, des acteurs de la société civile et des cadres de l’administration, dont ceux de la Communauté urbaine de Douala (Cud).

Mathias Mouendé Ngamo

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