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Vivre sans droit d’auteurs au Cameroun

Art musical. Certains artistes disposent d’alternatives pour contourner les problèmes liés à l’absence de répartitions. Les moins nantis ont un quotidien difficile.

La crise qui pèse sur la gestion collective du droit d’auteurs au Cameroun est persistante. Bien loin des batailles d’autorité au sommet du gouvernement entre le premier ministre et la ministre des Arts et de la culture, il y a un manque à gagner dans la rupture de perception desdits droits auprès des usagers. La conséquence directe étant la non redistribution des dividendes aux ayants droits, à savoir les auteurs, les compositeurs. La dernière répartition, une prime spéciale, date de septembre 2014. Et depuis, plus rien. Les artistes qui évoluent dans un contexte déjà caractérisé par la précarité et la piraterie de leurs œuvres sont les principales victimes de cette situation. « L’absence de répartition porte un préjudice aux auteurs. Ceux qui sont le plus affectés, ce sont ces artistes-là qui ne font rien d’autres que de mettre des disques sur le marché. Il y a aussi ceux qui sont inconscients de leurs droits », relève Joe Mboulè, le père de la chanson à succès « Malabar ».

A côté de cette catégorie d’artiste, le chanteur de renom identifie une autre catégorie plus clochardisée. Il s’agit de ces chanteurs, qui, du fait de la précarité peut-être, s’accrochent à des leaders qui les « dépanne » de temps à autre. On les appelle dans le milieu des « chefs de clans ». En retour, lors des campagnes de positionnement dans le domaine de l’art musical, ces chefs attendent le soutien inconditionnel de leurs « ouailles ». Ce mode de vie est décrié par plusieurs musiciens qui ont trouvé une alternative pour subvenir à leur besoin en l’absence de répartitions. C’est le cas de Djéné Djento. Le chanteur de makossa reconnait que la situation est difficile à vivre. Il affirme que seuls les artistes qui ont d’autres sources de revenus parviennent à tenir bon. « Moi je fais des affaires. Je fais notamment dans l’importation de certains articles. J’ai de grands enfants à nourrir. La misère et la mendicité vont tuer les artistes qui ne font rien d’autre comme activité», soutient –t-il. L’artiste Njohreur qui considère les droits d’auteur comme le salaire de l’artiste, déplore l’absence de redistribution. Pour joindre les deux bouts et nourrir sa petite famille, il compte sur les revenus de ses deux snack-bars qu’il a créés il y a quelques années.

Loin de ce tableau sombre, il y a des artistes qui tirent plus aisément leur épingle du jeu. D’une part, il y a ces « exilés » qui vont chercher l’Eldorado ailleurs. Tsimi Toro réside depuis trois années en France. Lors de la dernière répartition au pays, il s’est fait représenté par son épouse. Le chanteur qui qualifie cette répartition de « moquerie » soutient que les artistes camerounais qui vivent en Europe ont trouvé des activités parallèles qu’ils mènent et parviennent à vivre sans droit d’auteurs. D’autre part, il y a cette catégorie d’artistes vivant au pays qui ont misé sur la vente des disques, dont ils ont sans doute trouvé la formule idéale pour contourner le phénomène de piraterie ou du moins en réduire les influences. Très sollicités lors des festivals et autres foires, ils capitalisent aussi les prestations scéniques. On retrouve dans ce rang, les chanteurs du groupe X-Maleya et l’artiste Petit-Pays. « Effata » qui ne prend plus en considération le droit d’auteurs est en outre propriétaire de plusieurs immeubles en location à Douala. Il est actuellement lancé dans la construction d’un mini-ranche et un terrain de football à Bomono, une localité située dans l’arrondissement de Dibombari.

Les mieux nantis qui ne sont pas affectés par la crise, ce sont ces artistes camerounais évoluant à l’échelle internationale. Ils récoltent leurs droits auprès de la Société d’auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). Ces artistes ont le mérite de mener une carrière internationale riche, avec plusieurs dates de spectacles dans les différents pays du monde. On peut ranger dans cette catégorie des artistes comme Kareyce Fotso, Manu Dibango, Richard Bona, Vicky Edimo, Jean Dikotto Mandenguè et tous les autres bassistes camerounais de renommée mondiale.

Mathias Mouendé Ngamo

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