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Douala, le 06 juillet 2015. La détresse se lit sur le visage des sinistrés de Makèpè Missokè. Crédit photo: @Mathias Mouendé Ngamo
Douala, le 06 juillet 2015. La détresse se lit sur le visage des sinistrés de Makèpè Missokè. Crédit photo: @Mathias Mouendé Ngamo

A la suite des inondations enregistrées dans la ville, la Communauté urbaine a entamé des démolitions de maisons construites près des drains.

Des curieux sont massés sur le pont en dessous duquel s’écoule le cours d’eau « Tongo’a Bassa » au quartier Makèpè-Missokè, dans l’arrondissement de Douala 5ème au Cameroun. Ils ont la mine serrée. Ils observent. En contrebas du pont, les populations courent dans tous les sens. Le spectacle ne fait pas rire. La désolation se lit sur tous les visages. Au dessus d’un toit, un homme muni d’un arrache-clou s’empresse pour sauver quelques tôles. Là haut, il ne s’accorde aucune seconde de répit. Il craint le retour des gros engins de la Communauté urbaine de Douala (Cud). Il a eu un peu plus de chances que ses voisins. Le bulldozer qui n’a détruit qu’une partie de sa maison a plongé plusieurs autres familles dans l’émoi. Des centaines d’hommes, femmes et enfants se retrouvent dans la rue ce lundi 06 juillet 2015. Les sinistrés essaient de récupérer ce qui peut encore l’être. Ils fouillent au milieu des décombres. La quête ne semble pas très fructueuse. Difficile de retrouver un meuble ou un ustensile de cuisine en bon état dans ce champ de ruines. Les habitants racontent qu’ils ont reçu la visite du bulldozer de la Cud autour de 6h lundi. L’opération de déguerpissements était encadrée par une dizaine de gendarmes armés de fusils et de gourdins, apprend-on.

Tchinda Tchio que nous rencontrons autour de 12h ce lundi tient un marteau entre les mains. Sa voix est à peine audible. Au fil de la discussion, la colère l’anime et il hausse le ton. «Je réside dans ce quartier il y a plusieurs années. Je suis né ici. J’ai 33 ans aujourd’hui. Ma maison de 12m² a été entièrement rasée. On ne peut pas détruire les gens comme ça, sans les reloger, sans les dédommager. On veut que nous allons où ? », peste –t-il. Sa voisine que l’on appelle affectueusement « Ma Jeannette » est plus agressive. Sa maison a été entièrement ensevelie. Le bulldozer a déversé des mottes de terre puisées dans le drain, au dessus de sa bâtisse construite en matériaux provisoires. Surprise par l’arrivée du gros engin, la quinquagénaire n’a pu récupérer aucun meuble. Vexée, elle indique sur un ton ferme que son domicile n’avait pas été marqué des croix de Saint André comme les autres maisons ciblées de Makèpè-Missokè.

4225 maisons à démolir

Plusieurs autres sinistrés déplorent le fait que leurs maisons qui n’avaient pas été marquées par les agents de la Cud le 30 juin 2015 ont été démolies. Des riverains font savoir que lors du marquage des bâtisses, les agents de la Cud avaient indiqué à certains habitants qu’ils disposaient de 48 heures pour quitter les lieux. Ils ont appris par la même occasion que les bâtisses construites à 10 mètres de part et d’autre de l’axe du drain étaient celles ciblées par les démolitions. Mais les limites ne semblent pas avoir été respectées, selon les sinistrés. « Mon voisin n’était pas là au moment des casses. Il ne savait pas que sa maison allait être touchée, parce qu’elle n’avait pas été marquée. Il a perdu tous ses effets. Les badauds ont tout emporté », déplore un sinistré. Qui relève que plusieurs cas de vols ont été signalés pendant les casses. Une dame ne retrouve pas la petite valise dans laquelle étaient rangés les actes de naissance de ses enfants. Un peu plus loin, des jeunes du quartier sont à la chasse d’un bandit. Il vient de s’enfuir avec un vélo. Il ne sera pas rattrapé.

Le bulldozer s’est immobilisé autour de 14h ce lundi. Mais les casses se poursuivront à Makèpè-Missokè et dans d’autres quartiers de la capitale économique. Les maisons construites près des drains sont celles ciblées. Le Jour a appris que 4225 maisons au total sont à détruire dans le département du Wouri. Une mesure décidée par les autorités de la ville à la suite des inondations qui ont fait des ravages dans la nuit du vendredi au samedi 20 juin 2015. Une décision contestée par les acteurs de la société civile au Cameroun qui déplorent le non respect des Droits humains et l’absence d’indemnisation des sinistrés. Les autorités de la ville ont également annoncé le nettoyage des drains à la suite de la catastrophe naturelle. 400 stagiaires ont été recrutés par la Cud et un budget de 46 milliards F. Cfa a été alloué pour le curage des drains, a –t-on appris.

Mathias Mouendé Ngamo

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