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Portrait. L’écrivaine camerounaise, Prix Femina 2013, a toujours entretenu le mystère autour de sa vie d’enfant et d’adolescente au Cameroun.  

 

Leonora-Miano.jpgSon prénom a une résonnance italienne. Mais Léonora Miano est bel et bien camerounaise. Même si des compatriotes n’en savent pas assez de sa vie au pays. Mystérieuse ou discrète? C’est que Leonora Miano n’aime pas beaucoup parler d’elle. Elle est de ces écrivains qui estiment qu’il faut rencontrer les auteurs dans leurs livres. Dans son propre site internet, www.leonoramiano.com, seules deux phrases sont consacrées à sa vie au Cameroun. On peut y lire dans la rubrique biographie : « Léonora Miano est née en 1973 à Douala, au Cameroun. C'est dans cette ville qu'elle passe son enfance et son adolescence, avant de s'envoler pour la France en 1991, afin d'y entamer des études universitaires ». L’essentiel du texte est dédié à son travail, ses thématiques, ses prix. Des membres de la famille de l’écrivaine rechignent un peu à se prononcer sur la vie de Léonora. Après quelques minutes de discussion, ils renvoient le reporter vers la maison d’édition Grasset en France, pour plus d’informations. Au fil des échanges avec des amis de la famille et des proches, le reporter a pu reconstituer le parcours de l’écrivaine au Cameroun.

De son vrai nom Clarisse Eléonore Ndondongui, Léonora Miano est né en septembre 1973 à Douala. Elle est l’ainée d’une famille de trois enfants. Sa sœur Astride est banquière en France, et Daphnée travaille dans une banque au Cameroun. La maman, Chantal Tanga, était enseignante d’anglais à l’époque. Elle sera plus tard proviseure des lycées, avant de prendre sa retraite. Le papa, Rudolph Ngalle Miano, pharmacien dès le début des 60 à Douala, est décédé le 26 avril 2009 en France. Il a été inhumé à Douala. Le grand-père paternel, Joseph William Ngalle Miano, a été administrateur de la France d’Outre mer et grand-mère paternelle était Jeanne Céline Diwouta Loth, a-t-on appris. La petite fille grandit donc dans une famille bourgeoise et prospère, à l’abri du besoin. Elle est choyée et ne manque de rien. Les siens ont un amour poussé pour la lecture. La bibliothèque de la maison est fournie. La petite Leonora y passe beaucoup de temps. « Ma fille a commencé à s’intéresser à la lecture dès l’âge de 8 ans. Tous les enfants ont des talents, mais il y en a qui ne découvrent jamais les leurs. Elle a su développer les siens. Elle a fait beaucoup de sacrifices. Elle a refusé un certain système», a indiqué la mère de l’écrivaine. Elle n’a pas souhaite en dire davantage sur l’enfance ou l’adolescence de sa fille.

A bonnes sources, on sait que Léonora Miano obtient son probatoire au lycée de New-Bell et son baccalauréat A au lycée Joss de Douala en 1991. Elle a 18 ans cette année-là, et vit depuis près de cinq ans avec sa maman. Le divorce entre ses parents (qui ont célébré leur mariage en France en 1971, ndlr) est intervenu plus tôt, en 1985. Leonora s’envole pour la France pour y poursuivre ses études universitaires. Un ami de la famille Miano relève que son intégration n’a pas été facile en Europe. « Elle a confié avoir vécu chez des gens et que ça ne s’est pas bien passé là-bas. Elle a presqu’été mise à la porte. C’est à cette période là qu’elle a conçu son premier enfant. Elle a beaucoup déprimé», indique notre source. Une partie de la vie de l’écrivaine, dont elle n’aimerait pas évoqué sans doute. De toute vraisemblance, « Léonora Miano n’aime pas les sujets très personnels. Lorsque vous les abordez, elle se referme dans sa coquille », témoigne Florian Ngimbis, blogueur et jeune auteur camerounais. Il a rencontré Leonora Miano en 2008 à Muret en France, lorsqu’il recevait le Prix du jeune écrivain francophone. Léonora Miano avait été choisie pour être sa marraine. Pendant une semaine passée avec sa marraine en France, Florian Ngimbis dit avoir découvert quelqu’un qui n’a pas sa langue dans la poche. «C’est quelqu’un de facile. Elle est réservée, toujours un peu en retrait, entrain d’observer. Elle n’aime pas trop se mettre en avant. Mais du point de vue du travail, elle conseille beaucoup et te fait progresser», affirme Florian Ngimbis. 

Léonora Miano réside en France depuis 1991, mais effectue des voyages au Cameroun. « Elle rend visite à sa maman. Elle évite beaucoup sa famille paternelle », indique un proche. A l’occasion d’un de ses déplacements pour son pays natal il y a six ans, l’écrivaine s’est rendue au lycée de New-Bell à Douala, où elle a obtenu son probatoire. « Elle est arrivée sans tambours ni trompette, dans une voiture banale, accompagnée d’une dame. Pas de maquillage, à peine un peu de Gloss sur ses lèvres. Nous étions peu à la connaitre au lycée », se souvient une enseignante de Lettres. Elle indique que ce jour-là, Léonora Miano a échangé pendant trois heures avec les enseignants et les élèves au cours d’une conférence, loin des caméras.

Les uns et les autres ont constaté que Léonora Miano a un léger bégaiement. Pendant l’échange, les participants ont appris que l’écrivaine ne fume pas, ne consomme pas d’alcool. Qu’elle a été une enfant studieuse, choyée, qui n’a repris aucune classe. « Elle a dit que petite, elle s’enfermait pendant des heures pour écrire des poèmes, alors que d’autres enfants jouaient. Elle était rêveuse. Maman corrigeait les textes de sa fille, sans savoir qu’un jour ils serraient publiés », se rappelle l’enseignante du lycée de New-Bell. Quand les élèves du club journal ont posé des questions un peu très personnelles, comme d’habitude, Leonora est rentrée dans sa coquille. « Peut-on revenir à l’essentiel, c'est-à-dire à mon œuvre, L’intérieur de la nuit », a-t-elle exhorté. (Ce livre est au programme des classes de 2nde au Cameroun depuis trois ans. Il a été traduit en plusieurs langues. Elle a reçu des prix avec cette œuvre. Elle a un autre livre qui a été programmé dans les lycées de France, a –t-on appris).

L’écrivaine avait à une autre occasion qualifiée la presse camerounaise « d’agressive », après que des journalistes lui avaient posé des questions « personnelles ». «Elle était venue au Cameroun assister à l’inhumation de son papa à Douala. Même ce jour-là, elle était toujours un peu en retrait », se rappelle un ami des Miano. La jeune écrivaine était sans doute sous le joug de l’émotion. Me Jean-Paul Ngalle Miano, avocat à Douala, décrit sa nièce comme  quelqu’un de très originale avec un caractère de révoltée, une personnalité iconoclaste, des propos justes. « Elle a rendu un hommage à son papa lors d’un concert dans une église en France avec des musiciens de Jazz, un trompettiste américain et l’artiste camerounais Douleur. Le ministre camerounais Grégoire Owona était présent. Il n’y a pas eu de témoignages. Elle voulait rendre un hommage en musique, puisque son papa aimait la musique », a indiqué Me Jean-Paul Ngalle Miano. Léonora est aussi mélomane. Elle écrit des chansons, mais davantage des romans. Il y a quelques mois, elle a reçu le Prix Femina 2013 avec son septième livre intitulé « La saison de l’ombre ».  

Mathias Mouendé Ngamo 

 

 

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