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Transport urbain. Face à la croissance démographique, à la dégradation des infrastructures routières et à l’insuffisance des taxis, les populations de certains quartiers empruntent des motos et des cargos vétustes et surchargés.

Douala--quartier-Deido.-Les-usagers-coinces-dans-les-embo.JPGDans presque tous les quartiers de Douala excepté Bonanjo, les motos ont fini par s’imposer, au fil de l’extension de la ville et de la croissance démographique, comme le principal mode de transport des populations. Au carrefour Ndokoti chaque matin, des centaines de personnes se bousculent pour prendre le taxi. Et malgré le surnombre apparent des taxis stationnés, toutes ces populations ne parviennent pas à emprunter ce mode de transport «de luxe» pour se rendre à leurs différents services, concentrés pour l’essentiel dans le quartier administratif de Bonanjo et dans le centre commercial d’Akwa. Dès lors, les motos se présentent comme un pis-aller pour la plupart d’entre elles. Comme l’indique cette habitante de Pk15, qui n’a pas décliné son identité : «Le matin, je suis obligée de prendre une moto jusqu’à Ndokoti. Ensuite de Ndokoti, j’emprunte une autre moto pour Akwa. Ça me permet d’éviter les embouteillages et le retard à mon service», explique-t-elle. L’aller et le retour lui coûtent au moins 1000 F par jour.

Les infrastructures de transport disponibles ne suffisent pas pour assurer le transport des populations résidant dans leur grande majorité dans les quartiers périphériques tels Bonabéri, Bonamoussadi, Pk 17, Village, etc. Le matin au départ pour le travail et le soir au retour, aux heures de pointe, les populations subissent le chantage des conducteurs de taxis, qui n’assurent généralement que de très courts trajets, non sans lever les enchères. L’usager est alors obligé de «proposer» un prix non homologué, parfois jusqu’à 500 F pour un trajet normal de 200 F. D’autres taximens privilégient les usagers proposant des courses (1500 F au minimum) et ne reviennent au tarif normal qu’une fois les carrefours désengorgés. Les conducteurs de motos, eux, transportent jusqu’à deux voire trois personnes à la fois. Les usagers impatients ou pressés sont obligés de subir leur chantage.

Bus, cargos

Les habitants de Bonabéri, quartier situé à la rive ouest du Wouri, vivent le calvaire. Pour se rendre au Rond point de Deïdo aux heures de pointe, ils sont souvent contraints de se mettre à deux sur la même moto (en plus de conducteur), afin d’éviter la longue file de véhicules immobilisés sur le pont du Wouri, à cause des bouchons récurrents sur cet ouvrage inadapté au contexte actuel. «Autour de 7h, vous pouvez passer près de 30 minutes avant de trouver le taxi. Tous les véhicules en partance de la gare routière de Bonabéri ou du rond point de Deïdo arrivent pleins», affirme Sarriette S., résidente de Bonassama à Douala 4ème. 

Mais les motos, pas plus que les taxis, ne satisfont pas tous les besoins de transport. Les populations de Bonabéri empruntent les bus de la Société camerounaise de transport urbain (Socatur) pour se rendre à Bonanjo (Douala 1er), au marché central à New-Bell (Douala 2ème) ou à Ndokoti (Douala 3ème). Le ticket coûte 150 F. Les bus sont sollicités plus par des usagers démunis. Mais ils ne desservent pas toutes les zones de Bonabéri, l’ancienne route notamment. En plus, ils font de la surcharge, ce que déplorent les habitants. «Il faut que la Socatur procède à l’extension de ses lignes et qu’elle desserve aussi les habitants du lieu-dit Carrefour Mutzig par exemple», propose le sieur Tchié.

Des cars de transport en commun, plus connus sous le nom de cargos, effectuent les mêmes lignes que la Socatur, excepté le trajet Bonabéri-Bonanjo. Le tarif est arrêté à 200 F. Les usagers décrient la surcharge et la vétusté de ces véhicules mais n’ont pas de choix. Certains sont quelquefois contraints d’emprunter des tricycles (véhicules à trois roues), conçus pour le transport des marchandises et des vivres. Le prix est négocié avec le conducteur et varie entre 150 et 200 F. La distance entre deux points (Boanbéri-Ndokoti, Bonabéri-marché central ou Bonabéri-Bonanjo) est longue et il faut deux taxis. Les moyens palliatifs comme le bus et le cargo permettent aux usagers de faire des économies.

  Mathias Ngamo Mouendé et Théodore Tchopa (Le Jour)

 

Le plan B ignoré des autorités

Transport urbain. La délégation régionale des Transports et la Communauté urbaine ne proposent aucun moyen alternatif pour pallier l’absence des mototaxis.

Le nouveau plan de circulation dans la ville de Douala entrera en vigueur le 12 juin prochain. Adopté par la Communauté urbaine de Douala (Cud) le 24 février 2012, son application, initialement prévue le 12 mars, avait été renvoyée pour permettre à la Cud de matérialiser les zones interdites (Douala 1er, Douala 2ème et Douala 4ème).

A ce jour, aucun moyen alternatif n’a été proposé par les pouvoirs publics pour pallier l’absence des motos dans les arrondissements de Douala 1er, Douala 2ème et Douala 4ème. A la préfecture du Wouri, on indique que cette décision incombe au ministère des Transports. «A notre niveau nous ne faisons qu’appliquer les mesures prises par les hiérarchies compétentes. Nous veillons à ce que tout se passe sans incident, dans le respect de l’ordre public», indique un responsable.

Rien de concret n’est prévu du côté de la délégation régionale du ministère des Transports pour le Littoral. Le chef service administratif et financier a affirmé en lieu et place du délégué, absent, que les personnels de ce service n’ont aucune information relative au déploiement des moyens alternatifs de locomotion à Douala. «Je n’ai pas suivi une information faisant état d’un moyen de transport alternatif. Je sais juste que c’est le décret du premier ministre qui est appliqué», déclare-t-il. A la Communauté urbaine de Douala (Cud), l’on s’active depuis quelques semaines à la matérialisation des zones d’interdiction de circulation à travers des panneaux de circulation. En même temps, le processus d’identification des «mototaximen» se poursuit, selon les responsables. «Si on interdit aux mototaxis de circuler dans une route A, cela ne veut pas dire qu’ils sont interdits de circuler sur la route B», fait-t-on savoir à la cellule de la communication de la Cud. Rien de plus.

Pour l’instant donc, les seuls moyens classiques reconnus par les autorités de la ville sont le taxi, le bus. Les «cargos» sont tolérés aussi bien à la préfecture qu’à la Cud.

Mathias Mouendé Ngamo

 

 

Votre avis

Comment peut-on résoudre le problème de transport urbain dans la ville de Douala?

 

«Acquérir des bus et des trains»

Abanda Kpama, président du Manidem 

On ne peut pas avoir une gestion efficace des transports urbains dans les grandes villes sans l’implication des pouvoirs publics. Penser comme le fait l’Etat du Cameroun que la gestion des transports publics peut être entièrement déléguée à des structures privées est une erreur et une démission. Dans une ville comme Douala l’accent doit être mis prioritairement sur les infrastructures et sur le matériel roulant. C’est avec le train et le bus que l’on peut résoudre de manière efficace le problème de déplacement des populations dans une ville comme Douala. Le transport par taxi est en réalité un moyen de déplacement luxueux, un taxi ne pouvant transporter que quatre personnes par voyage quand une moto ne peut transporter qu’une personne. Dans les grandes métropoles il faut investir dans l’acquisition des bus qui peuvent transporter en une fois 100 personnes et des trains qui peuvent transporter en une fois 1000 personnes.

 

«Un vrai plan de voirie urbaine»

Joseph Désiré Som 1, Sg Cpp 

Il faut un vrai plan de voirie urbaine qui prendra en compte les routes centrales et les routes secondaires. Que ce soit des projets pensés sur une longue période et mis en œuvre, que l’on n’attende pas qu’il y ait embouteillage avant de rechercher des solutions. Deuxièmement, il faut un vrai service de transport public qui soit géré par une entreprise à statut mixte. Il est aussi important qu’il y ait un meilleur entretien routier. Qu’on cesse de faire un contrat de complaisance. Il faut que soient inclus dans les clauses du contrat, des éléments contraignants pouvant entrainer des poursuites judiciaires. Il faudrait enfin mettre en place des modes de gestion qui doivent impliquer le gouvernement, la Communauté urbaine de Douala et la société civile.

 

«Une société de transport urbain opérationnelle»

Jean Michel Nintcheu, président Sdf Littoral 

Il faut déjà doter Douala d’une voirie digne de ce nom. La plupart des routes sont dans un état lamentable. Malgré les efforts faits ces dernières années, la voirie de Douala n’est toujours pas à la hauteur de sa ville. Deuxièmement, il faut créer une société de transport urbain opérationnelle avec des bus confortables pour transporter les populations sans mettre leur vie en danger. La Socatur est une coquille vide. La couverture de Douala par cette société n’est pas effective. Il faut aussi organiser les bendskins qui sont devenus un facteur incontournable dans le transport, un mal nécessaire.

Propos recueillis par Mathias Mouendé Ngamo

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