Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Spectacle. Des victimes de viol ont raconté leur mésaventure, sur fond humoristique, jeudi 23 août 2012 à Douala.

 

Douala-23-aout-2012.-Des-victimes-de-viol-et-Dave-K.-Mokto.JPGSur le podium du restaurant la Chaumière ce jeudi 23 août 2012 à Douala, des victimes de viol racontent leurs mésaventures. Le spectacle a quelque chose d’intriguant et de paradoxal. Le public a du mal à se départager entre joie et tristesse, rires et pleurs. Ce n’est pas l’histoire qui captive au premier coup, plutôt la manière dont elle est restituée par les victimes elles-mêmes. Les récits sont enveloppés d’humour. Une histoire écœurante à la base est transformée en récit comique. Le public rit, où il aurait tout naturellement versé quelques gouttes de larmes. Le Renata’s stand up comedy group présente le spectacle « En rire pour ne plus en pleurer ».

Soppi fait son apparition sur scène à 19h et brise le silence de la salle. Sa démarche et ses propos provoquent rires et applaudissements. Soppi a été violée à l’âge de 8 ans par un voisin âgé de 40 ans. Elle raconte son histoire à travers des blagues. Christelle, une autre victime, a été violée par un ami de la famille. Enceinte, la jeune fille a été contrainte par ses parents d’épouser son violeur, avec qui elle a eu deux enfants. Le conjoint « violeur » s’en est également pris à sa progéniture, un garçon âgé de 5 ans et une fillette de 2 ans. « Il a transformé son lit en terrain de football et tirait des penaltys partout», ironise Christelle. D’autres victimes défilent sur scène et racontent leur vécu, telle une pièce de théâtre. Elles ont été violées ou sodomisées par des proches de la famille, leurs parents, des hommes d’église, des séropositifs, des braqueurs. Certains l’ont été dans la durée, comme Nelly, violée de l’âge de 8 ans à l’âge de 15 ans par son père.     

Dave-k.-Moktoi.JPGLes textes parlent de faits graves, punis par la loi. Le ton est comique. Les écrits empruntent au lexique du registre familier et au langage de rue. Le tout agencé avec subtilité. Les parties du corps comme les seins, les fesses ou les organes génitaux sont imagées. Les comédiens d’un jour utilisent la gestuelle et la poésie pour passer le message de sensibilisation. « L’amour paternel s’est transformé en amour charnel », clame une jeune fille. Dans les représentations, les personnes violées relèvent aussi les traumatismes endurées après l’acte. Près de 20 victimes de viol encadrées par le Réseau national des tantines (Renata) se prêtent au jeu. Elles ont suivi au préalable dix jours de formation avec Dave k. Moktoï. Le dramaturge camerounais en résidence aux Etats-Unis a participé au jeu, avec son spectacle « L’homme est bien de là-bas ».

A en croire Georgette Arrey Taku, secrétaire générale exécutive du Renata, plus de 500 000 filles et femmes ont déjà subi des abus sexuels au Cameroun, dont 18% de la part des membres de leur famille. « Hier, les victimes ont pleuré. Aujourd’hui elles veulent en rire. Soutenons les victimes et dénonçons les violeurs », a-t-elle exhorté. « En rire pour ne plus en pleurer » sera représenté à Yaoundé le 29 août prochain et à Bafoussam le 1er septembre 2012.

Mathias Mouendé Ngamo

Partager cet article

Repost 0